Un élu demande des comptes sur la gestion de l'eau dans sa commune : il se retrouve traîné en justice par une multinationale
Javier Cifuentes est conseiller municipal à La Calera, en Colombie. Membre de la communauté autochtone Muisca, il a grandi en voyant des dizaines de camions chargés de bouteilles d'eau quitter sa commune chaque jour. Devenu élu, il a commencé à poser des questions. C'est ce qui lui a valu une plainte pénale. Pour le faire taire.
Passez à l'actionde pompage ininterrompu, même pendant les sécheresses
de litres d'eau extraits en 2022 pour 4,7 millions de pesos
suite donnée par les autorités aux signalements de menaces reçues par Javier Cifuentes
Ce qui s'est passé
Depuis 40 ans - La concession ininterrompue
La filiale locale de Coca-Cola, INDEGA S.A., pompe les eaux souterraines de La Calera pour les embouteiller commercialement. La concession n'a jamais été suspendue, même pendant les périodes de sécheresse et de restriction d'eau pour les habitants. En 2022, elle aurait payé environ 4,7 millions de pesos pour extraire plus de 56 millions de litres, alors que des habitants n'ont pas accès à l'eau du robinet.
2024 - Cifuentes prend la parole
Dans le cadre de ses fonctions de contrôle politique, il interpelle publiquement l'entreprise et les autorités sur les conditions opaques de la concession et sur le paradoxe : une multinationale exploite les eaux d'un territoire ancestral muisca pendant que les habitants sont privés d'eau potable.
2024 - Les menaces arrivent
Javier Cifuentes et sa famille reçoivent des menaces. Il alerte les autorités et publie un message public sur les réseaux sociaux - une précaution au cas où il lui arriverait quelque chose. Les autorités ne donnent pas suite.
2024 - La riposte judiciaire
L'entreprise dépose une plainte pénale pour diffamation contre Cifuentes. Pour le CAJAR, collectif d'avocats qui assure sa défense, le mécanisme est limpide : transformer l'élu qui pose des questions en accusé. L'affaire est toujours en cours.
Avril 2026 - Une victoire partielle
La concession est renouvelée - mais réduite de moitié : trois sources au lieu de sept, cinq ans au lieu de dix.
Comprendre le mécanisme
C'est exactement ce que documente le rapport de la FIDH : non pas seulement des cas de corruption avérée, mais la manière dont le droit peut être retourné contre ceux qui surveillent l'intérêt public. Quand une entreprise puissante dépose une plainte contre un élu qui exerce son contrôle politique, l'objectif n'est pas de gagner le procès - c'est de faire taire.
Qu'est-ce qu'une SLAPP ?
Une SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation) est une poursuite judiciaire intentée non pas pour obtenir gain de cause, mais pour intimider. L'objectif est d'épuiser financièrement et moralement celui qui dérange - journaliste, élu.e, militant.e - et de décourager toute prise de parole future.
Ce que fait la FIDH
Le cas de Javier Cifuentes n'est pas isolé. Notre rapport documente des dizaines de situations similaires en Amérique du Sud et au Pakistan : des élu.es, des journalistes, des militant.es qui posent des questions sur l'intérêt public, et qui se retrouvent poursuivis en justice pour l'avoir fait. La FIDH enquête, documente et plaide pour que ces mécanismes soient reconnus, nommés, et combattus.
Et en France ?
La France n'est pas à l'abri. 25e sur 180 pays selon Transparency International - ce score, souvent cité comme une bonne nouvelle, ne dit rien des affaires qui n'aboutissent pas, des élus qui renoncent à parler, des ressources publiques captées discrètement. Ce que vit Javier Cifuentes en Colombie est une version extrême d'un phénomène qui, sous des formes moins visibles, traverse toutes les démocraties.
Source : Indice de Perception de la Corruption 2024, Transparency International.
Partout où elle sévit, la corruption a besoin d'être documentée, nommée, combattue.
Téléchargez le rapport complet
Gratuit - enquêtes en République dominicaine, Colombie, Brésil et Pakistan.
Pourquoi documenter les SLAPP change les choses
Nommer le mécanisme, c'est déjà le désamorcer. Le rapport de la FIDH fournit aux défenseurs, aux juges et aux législateurs les outils pour identifier et contrer ces stratégies d'intimidation judiciaire. Cifuentes n'est pas seul : son dossier est aujourd'hui suivi et documenté par le CAJAR et par la FIDH.
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